Vivre en couple sous le régime du Pacs apporte une sécurité juridique au quotidien, mais crée un vide sidéral à la mort de l’un des partenaires. Contrairement au mariage, le droit français ne reconnaît aucun lien de parenté ni aucune vocation successorale automatique entre partenaires pacsés. Sans démarche anticipée, le survivant se retrouve exclu de l’héritage, laissant place aux enfants ou, à défaut, à la famille du défunt. Comprendre ces mécanismes dès maintenant permet d’éviter que le deuil ne se double d’une précarité matérielle brutale.
Le partenaire pacsé n’est pas un héritier légal
La première chose à intégrer est froide mais essentielle : pour la loi, vous n’êtes pas de la famille de votre partenaire. Selon les articles 731 et suivants du Code civil, le partenaire survivant n’est pas considéré comme un héritier réservataire. En l’absence de testament, il n’a strictement aucun droit sur la succession.
Tout revient aux héritiers naturels : d’abord les enfants, puis les parents, et enfin les frères et sœurs. Le concubin ou le partenaire pacsé est totalement écarté. Cette réalité juridique distingue radicalement le Pacs du mariage, où le conjoint survivant dispose automatiquement de droits (un quart en pleine propriété ou la totalité en usufruit selon la présence d’enfants).
Cette exclusion légale signifie que si votre partenaire décède sans avoir rédigé de dispositions spécifiques, vous devrez peut-être quitter le logement commun ou voir les biens partagés vendus aux enchères pour partager le produit avec la belle-famille. Il n’existe aucune protection automatique du patrimoine.

L’exonération de droits de succession : une condition de durée stricte
Si vous êtes désigné héritier par testament, la fiscalité devient votre prochain obstacle. La bonne nouvelle, c’est que les partenaires de Pacs bénéficient d’une exonération totale des droits de succession, à une condition suspensive impérative : le Pacs doit avoir été conclu au moins deux ans avant le décès.
Cette mesure, issue de la loi TEPA de 2007, aligne fiscalement le Pacs sur le mariage pour les couples établis. Si cette durée de deux ans n’est pas atteinte au jour du décès, le fisc applique le barème applicable entre personnes non parentes. Les droits s’élèvent alors à 60 % après un abattement dérisoire de 1 594 €. Pour une succession de 200 000 euros, la facture fiscale dépasserait les 100 000 euros, rendant la transmission impossible financièrement pour le survivant.
Il est donc crucial de vérifier la date exacte de l’enregistrement de votre convention à la mairie ou au greffe du tribunal. Un délai manqué de quelques semaines peut coûter une fortune.
Le testament : seule protection efficace du survivant
Puisque la loi ne vous protège pas, vous devez créer votre propre sécurité juridique. Le testament est l’outil principal. Il permet au défunt de léguer tout ou partie de ses biens à son partenaire. Attention toutefois à la notion de quotité disponible : on ne peut pas déshériter complètement ses enfants.
- Un enfant : vous pouvez léguer la moitié des biens.
- Deux enfants : vous pouvez léguer le tiers des biens.
- Trois enfants ou plus : vous pouvez léguer le quart des biens.
Le reste constitue la réserve héréditaire qui revient obligatoirement aux descendants. Cependant, dans de nombreuses familles recomposées ou sans enfants, le testament peut attribuer la totalité du patrimoine au partenaire survivant. Il existe aussi l’option de la donation au dernier vivant, souvent plus souple car elle prend effet immédiatement au décès sans passer par la phase longue de l’acceptation de succession.
Pour aller plus loin sur la manière d’organiser ces transmissions complexes, consultez notre guide sur l’anticipation de la transmission de patrimoine, qui détaille les mécanismes pour apaiser les tensions familiales potentielles.
Le sort du logement et des biens indivis
La question du logement est souvent la plus angoissante. Le partenaire pacsé bénéficie d’un droit temporaire au logement. S’il occupait la résidence principale avec le défunt au moment du décès, il peut y rester gratuitement pendant un an (article 515-6 du Code civil). Ce délai sert à organiser la suite : achat de la part des héritiers, déménagement ou vente du bien.
Mais attention à l’indivision. Si le bien est acheté à deux, chacun est propriétaire de sa quote-part. Au décès, la part du défunt entre dans sa succession. Si les héritiers (enfants ou parents) refusent de vendre leur part au survivant ou exigent un prix trop élevé, le blocage est total. Le testament ne règle pas ce problème d’indivision avec des tiers. Seule une clause d’attribution préférentielle dans un acte notarié ou une donation permet de sécuriser le rachat des parts.
Dans le cas où les comptes sont joints, la situation est tout aussi délicate. La banque bloque souvent les fonds dès l’annonce du décès. Nous détaillons les démarches précises pour gérer le compte bancaire d’un défunt, car beaucoup de partenaires ignorent qu’ils ne peuvent plus utiliser la carte bancaire commune légalement après le certificat de décès.
Les limites : pension de réversion et assurance-vie
Le Pacs laisse deux grands trous dans la raquette de la protection sociale. Premièrement, le partenaire pacsé n’a droit à aucune pension de réversion de la Sécurité Sociale ou des régimes complémentaires (Agirc-Arrco) au décès de son partenaire. Cette protection est réservée aux époux mariés, comme l’explique Ouest-France. C’est une perte financière majeure à long terme pour les retraités.
Deuxièmement, l’assurance-vie fonctionne différemment. Si le partenaire est bénéficiaire désigné, il perçoit le capital. Mais fiscalement, il est traité comme un tiers non-parent si le contrat a été souscrit avant le Pacs ou si les primes versées sont jugées excessives par rapport aux revenus du souscripteur. Dans ce cas, les droits peuvent atteindre 60 % au-delà de l’abattement de 1 525 €.
Cas concret : comment protéger son partenaire sans testament
Prenons l’exemple de Marc et Julie, pacsés depuis trois ans, sans enfants. Marc possède un appartement valant 300 000 euros. Ses parents sont encore vivants. Sans testament, à la mort de Marc, ses parents héritent de tout. Julie se retrouve sans toit et sans ressource immédiate.
La solution aurait été simple : Marc rédige un testament olographe (écrit à la main, daté et signé) instituant Julie légataire universel. Comme ils n’ont pas d’enfants, la quotité disponible est de 100 %. Julie reçoit l’appartement. Grâce à l’exonération liée à la durée du Pacs (supérieure à 2 ans), elle ne paie aucun droit de succession. Elle devient seule propriétaire et peut décider de vendre ou de garder le bien.
Conclusion : l’importance cruciale de l’acte notarié
Le Pacs est un compromis séduisant pour la vie quotidienne, mais un piège dangereux pour la succession si on le considère comme suffisant. L’idée reçue selon laquelle « on est presque mariés » coûte cher aux veuves et veufs pacsés. Notre position est claire : signer un Pacs doit systématiquement s’accompagner, dans la foulée, d’une visite chez le notaire pour rédiger un testament ou une donation. Ne pas le faire revient à accepter que la famille biologique du défunt prime sur le projet de vie commun. C’est un choix possible, mais il doit être conscient, et non subi par oubli administratif.
FAQ
Un pacsé hérite-t-il automatiquement en l’absence de testament ?
Non. Le partenaire pacsé n’est pas un héritier légal. Sans testament, il ne reçoit rien de la succession, qui revient intégralement aux parents, frères et sœurs ou enfants du défunt.
Peut-on hériter de son partenaire pacsé sans testament ?
Il n’existe aucun mécanisme automatique d’héritage pour les pacsés. Seul le mariage confère la qualité d’héritier réservataire. Pour transmettre, le défunt doit avoir exprimé sa volonté via un testament ou une donation.
Combien coûte la succession pour un partenaire de Pacs ?
Si le Pacs dure depuis plus de deux ans, l’héritier est exonéré de droits de succession. Si le Pacs a moins de deux ans, les droits s’élèvent à 60 % de la valeur des biens reçus, après un très faible abattement de 1 594 €.
Quelle différence entre mariage, Pacs et concubinage face à la succession ?
Le conjoint marié est héritier protégé par la loi. Le partenaire pacsé doit être désigné par testament mais bénéficie de l’exonération fiscale. Le concubin est traité comme un tiers inconnu : il doit payer 60 % de droits s’il est désigné par testament, sans aucune exonération.
Faut-il un testament quand on est pacsé ?
Oui, c’est indispensable si vous souhaitez que votre partenaire récupère vos biens. Sans testament, la loi ignore le lien Pacs lors de la dévolution successorale. Le testament permet de lui léguer la quotité disponible.
Le logement est-il protégé ?
Partiellement. Le survivant a un droit d’usage gratuit sur la résidence principale pendant un an. Au-delà, il doit racheter les parts aux autres héritiers ou quitter les lieux, sauf disposition testamentaire contraire ou donation spécifique.
